Tomate, forever

Les tomates sont à ce jour le légume (ou fruit selon comment vous le catégorisez) le plus consommé en France. On en consomme 13.2Kg par habitant et par an. Étrange tout de même pour un légume qui ne pousse en saison que de juillet à octobre. Pour mieux comprendre ce que la grande distribution et les revendeurs de fruits et légumes nous proposent sur les marchés, il faut se pencher sur les méthodes de fabrication de la tomate. Je dis bien fabrication, car ici on ne parle plus de CULTIVER une tomate mais bien de la FABRIQUER.

Dans le livre passionnant d’Isabelle Saporta, « le livre noir de l’agriculture » édition Fayard, la journaliste a mené l’enquête. Quelle ne fut pas ma surprise de comprendre l’expression « les tomates hors sol », j’avoue ne m’être jamais posé la question, mais hors sol veut littéralement dire EN DEHORS DE LA TERRE. Première surprise, une plante qui ne pousse pas dans la terre! (voir photo ci-dessous)

Les industriels (on parle ici d’industriels car la tomate hors saison et hors sol est aujourd’hui non plus fabriquée par des agriculteurs mais bien par des industriels, comme à l’usine tout simplement) sont totalement ravis de démontrer que la terre c’est SALE, il y a plein de bactéries, des champignons et qu’il ne faudrait pas que ça abîme la tomate. Voilà comment on arrive à justifier un non-sens complet qui est de faire pousser la tomate sans terre mais avec de la fibre de coco, fraichement arrivée du Sri-Lanka. Démarche totalement écolo sois dit en passant, faire parcourir des milliers de kilomètres à la fibre plutôt que d’utiliser du terreau bien de chez nous. Je m’interroge tout de même sur cette histoire de terre, la terre n’a elle pas un rapport direct avec le goût du fruit ou légume qui pousse dessus??? Pourtant, si on fait le parallèle avec le vin, un vignoble à une appartenance géographique, sur une terre, un terroir avec toute une histoire qui transmet au vin tout son goût et son prestige, non???

Mais le non-sens ne s’arrête pas là, pour FABRIQUER les tomates, comme Isabelle Saporta l’explique : on les mets sous perfusion, elles sont nourries au goutte-à-goutte. Je cite ici Pierre-Yves Jestin, « agriculteur » dans le Finistère « Comme la terre n’est pas capable de donner à la tomate ce qu’il faut, on la nourrit d’un mélange d’engrais chimiques et minéraux. Phosphore, potasse, oligo-éléments.. » consternant! et à Isabelle SAPORTA d’ajouter à son retour de visite de l’exploitation, que l’agriculteur lui montre une grande cuve d’eau couleur rouille dont se dégagent des mousses peu appétissantes. Pierre Yves Jestin lui dit alors fièrement   »La nourriture de la tomate est là, dans ces cuves. »

Le bon sens paysans, voudrait cependant que la tomate soit cultivée en saison, car en saison il faut moins de produit phytosanitaires (superbe mot politiquement correct pour désigner le cocktail : pesticides, fongicides, herbicides et engrais chimiques) pour faire pousser une tomate.   oui!  Les insectes attaquent, oui! Les champignons se mettent sur les plants de tomate. Et alors? Pour nous consommateurs, il suffit d’enlever les parties abimées et le tour est joué. Une tomate ronde et lisse c’est du marketing! Une tomate plein champ, ne ressemble en rien à l’aspect d’une tomate calibrée. Et j’ajouterai même que je vais chercher la tomate la moins parfaite car c’est sûrement celle qui a le plus de goût.

Alors qu’est-ce qu’on fait nous maintenant? Parce que moi les tomates j’adore ça. Seulement voilà, les tomates hors saison, ça n’a aucun goût, elles contiennent plus d’eau et de pépin que de chair, elles sont parfois farineuse, la peau est épaisse et dure. Sans m’avancer sur les résidus de pesticides, engrais chimiques et minéraux cités plus haut, je me doute que dans la tomate sous perf’ il doit bien rester quelques éléments pas très naturels.

La seule solution pour sauver VOTRE PLAISIR et VOTRE GOÛT est donc de patienter. Oui, je sais c’est dur, je meurs d’envie de manger des tomates, l’hiver c’est long, on en a ras le bol du choux, des navets, des poireaux et on veut varier un peu les plaisirs! Alors mon envie de tomate, je la passe avec des bocaux, les tomates en boites sont encore bien plus parfumées et au moins bien plus économique que ces fausses tomates nourries artificiellement qui ne poussent même pas dans la terre. Et quel plaisir je vais avoir début juillet de redécouvrir la tomate charnue, gouteuse et encore chaude de soleil sur mon étal de marché. Dès le mois de juillet elle fera partie de quasiment tous mes repas, car autant en profiter ça dure pas longtemps.

 

Source: Le livre noir de l’agriculture d’Isabelle Saporta, édition Fayard, 17.90€, paru le 16/02/2011, dispo aussi sur Ipad